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Ce n’est qu’un jeu d’échecs. En mémoire des embarbelés (2)   

05/03/2026

Jean Olivier Leconte : Pourriez-vous vous présenter en quelques mots, et nous dire ce qui vous a conduite à écrire ce livre ?

Agnès Guillot : Retraitée, après une carrière d'enseignante-chercheuse scientifique, j'ai publié quelques ouvrages en rapport avec ma spécialité, la « bioinspiration ».

Celui-ci est le seul qui sort complètement de mon domaine de compétence ! J'avais en effet depuis longtemps en ma possession ce jeu d'échecs et le petit carnet que je trouvais exceptionnels, mais ce n'est que très récemment que je me suis interrogée sur leur devenir, sans doute à cause des commémorations de la deuxième guerre mondiale qui ont eu lieu ces dernières années. La seule façon de les préserver était de photographier les pièces du jeu et de scanner toutes les pages du carnet afin de les présenter dans un petit livret, a priori uniquement destiné à la famille.

JOL : À quel moment avez-vous compris que l'histoire de cet échiquier dépassait le cadre familial et relevait pleinement de la transmission historique ?

AG : C'est en voulant simplement mentionner dans ce livret le nom du camp dans lequel ce jeu avait été fabriqué que j'ai été confrontée au « gouffre » d'ignorance que j'avais sur les conditions de captivité de mon père, qui ne nous en avait jamais parlé ! Ma surprise – ou plutôt ma stupéfaction – a été d'autant plus grande en prenant connaissance de l'incroyable variété des loisirs forcés de ces prisonniers des Oflags.

La vie dans les baraques de l'Oflag IV D. Dessin réalisé par E.Arnaud

JOL : Votre ouvrage s'organise en deux parties, l'une consacrée à l'Oflag IV D, l'autre à l'échiquier et au carnet. Cette structure s'est-elle imposée dès le départ ?

AG : Cela a été l'un de mes problèmes. Ayant découvert le contexte dans lequel le jeu a été fabriqué, je devais, ne serait-ce que pour la famille, raconter ce qu'avait pu vivre mon père dans ce camp. Pour cela, ne pouvant m'inspirer d'aucun récit familial – à part quelques photos reproduites dans l'ouvrage – , j'ai heureusement trouvé des livres (peu nombreux !) sur les Oflags en général et sur l'Oflag IVD, celui-là même où il était « embarbelé ». Mais comment intégrer le jeu ? Un peu trop facilement sans doute, en faisant suivre les chapitres qui le décrivent de la liste longue des objets fabriqués dans ce camp.

JOL : Votre père entretenait-il, avant la guerre, un lien particulier avec le jeu d'échecs ?

AG : J'aurais bien aimé vous dire que mon père avait poursuivi sa passion pour les échecs en captivité mais, en réalité, je dois vous avouer que je n'ai aucun souvenir de mon père jouant aux échecs et que nous n'avons jamais joué avec ceux qu'il avait fabriqués ! C'est une des nombreuses lacunes qui se sont révélées au cours de cette quête du passé…

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