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Entrevue avec Christine Lepori, membre de la commission Art, Culture et Histoire (3)   

07/01/2026

JOL : Tu fais un parallèle entre créativité artistique et créativité échiquéenne. Comment perçois-tu l'acte de créer en peinture par rapport à l'acte de créer une idée sur l'échiquier ? Est-ce le même type d'énergie mentale ?

CL : Il y a une différence importante. Sur un échiquier, il faut « créer » contre un adversaire externe à notre système de pensée. Tout se joue et se déjoue et crée beaucoup de mouvance de pensée. Dans le cas de la création artistique, l'adversaire c'est « soi-même » et la difficulté est de se renouveler seul et de ne pas se laisser enfermer dans son système.

Mais je vois aussi des points communs. Aux échecs, une stratégie servie par des tactiques, guide votre développement de pensée. En Art, on se donne un objectif global comme par exemple celui d'exprimer la colère. Pour atteindre ce but, on passera par différentes opérations : esquisses, choix d'une palette, choix d'un point de vue, d'une composition, etc... pour servir ce projet. Il y aura comme aux échecs des accidents, des remises en question, le mental devra suivre pour ne pas abandonner...

On puise dans les deux cas dans nos forces de concentration, notre volonté de réussir pour l'un de combattre pour l'autre, nos connaissances, on se réfère à nos Maîtres et puis, le joueur ou l'artiste « composent » et là, les qualités d'imagination, d'inventivité et d'intuition sont fondamentales. Le joueur d'échecs et le peintre ne deviennent « artistes » que par le dépassement de leurs savoirs pour créer quelque chose de nouveau et d'unique.

JOL : Tu expliques que « voyant tes tableaux, on se pose certaines questions ». Sur le terrain, lors de l'exposition de Meylan, quels types de réactions t'ont le plus surprise ou touchée ? Y a-t-il eu un regard de visiteur qui t'a donné une lecture inattendue de ton propre travail ?

CL : On m'interroge sur l'emploi et la symbolique des échiquiers et des pièces... J'ai été émue par le regard de quelques joueurs qui ne connaissaient pas le monde artistique et qui étaient étonnés de voir leurs « pièces » prises dans les pinceaux d'une peintre !

J'ai aussi un joli souvenir de Maria Yugina, peintre échiquéenne prolixe et très confirmée qui, dans le cadre d'une exposition commune, a posé un regard encourageant et positif sur mon expression plastique.

JOL : La série exposée à Meylan représente-t-elle un aboutissement, une transition ? Est-ce que tu vois encore dans le motif échiquéen un territoire que tu n'as pas fini d'explorer ?

CL : Oui absolument et il y tant de pistes à exploiter. Je n'ai fait qu'un petit pas sur ce terrain et avec un seul médium. Le jeu d'échecs est un immense terrain de créativité sur lequel je souhaite encore rester jouer avec mes pinceaux !

JOL : Qu'est-ce que tu imagines comme avenir pour le dialogue entre les artistes et le monde échiquéen ?

CL : L'invitation d'artistes dans le cadre de manifestation échiquéenne pour une découverte de ce monde et un éventuel échange.

JOL : As-tu des projets futurs concernant le jeu d'échecs et sa représentation ?

CL : J'envisage d'explorer la notion de mouvement et d'approcher d'autres pièces telles que le Roi, et bien sûr de continuer d'exploiter la Métaphore de la vie qu'offre le formidable échiquier !

Merci Christine !