Rencontre avec Ludovic Melier 2
26/09/2025
JOL : Que dit notre façon de jouer aux échecs sur notre manière de penser ? Autrement dit, est-ce que le jeu d'échecs est un bon miroir de l'intelligence humaine selon toi ?
LM : Je ne pense pas être légitime pour répondre à cette question. Il faudrait les témoignages des philosophes, des psychologues, et de nombreux spécialistes. Mais je poserai les interrogations suivantes : qu'est-ce que l'intelligence ? Un performance dans un domaine ? Une vision globale des rapports humains et de leur environnement ? Nous avons de nombreux exemples de joueurs d'échecs talentueux mais possédant des vies abîmées ou gâchées puisque expert dans une seule discipline. Pour moi le jeu d'échecs, accompagné du sport, d'une curiosité envers les autres matières peut permettre de développer des compétences cognitives qui serviront à développer l'intelligence humaine.
JOL : Quel regard portes-tu sur l'usage du jeu d'échecs dans l'éducation aujourd'hui ?
LM : C'est un axe majeur de mon activité aujourd'hui. Il doit être utilisé pour développer les compétences psychologiques que j'ai citées : la mémoire, l'attention et la concentration. Nous sommes tous sollicités par des environnements numériques qui brouillent ces compétences. Le jeu d'échecs est un excellent remède face à ces brouillards cognitifs que sont les notifications, les réseaux sociaux, et le temps d'écran.
JOL : Il y a deux choses qui m'ont marqué dans le mémoire : la technique d'Adriaan de Groot de « pensée à voix haute » et en annexe les deux forts joueurs français qui se livrent à une entrevue inédite. Pour ta part qu'est-ce qui t'a le plus étonné lors de ta recherche ?
LM : Tellement de choses à dire. Alors pour ceux qui sont fascinés par l'histoire du jeu d'échecs et l'histoire de l'URSS, les travaux des chercheurs russes, Djakov, Petowski et Rudik sont riches de connaissances sur la mise en place de l'école soviétique et la manière donc ces psychologues vont essayer de comprendre les meilleurs joueurs de l'époque au tournoi de 1925 à Moscou, en faisant passer des tests psychotechniques, en particulier à Capablanca et Lasker.
Le travail de Groot est exceptionnel et riche d'apprentissage sur les fameux patterns en psychologie. De Groot est pour moi le pont entre ces travaux fondateurs de la psychologie du jeu d‘échecs et ceux qui débuteront à partir de 1949 avec l'article de Claudie Shannon sur l'informatique et le jeu d'échecs avec la naissance des éléments fondateurs de l'intelligence artificielle.
JOL : Depuis la période couverte par ton mémoire (1892-1946), comment vois-tu l'évolution de la psychologie échiquéenne jusqu'à aujourd'hui ?
LM : La période après 1946 est incroyablement dense et passionnante. Il y a eu des recherches au niveau mondial pendant de très nombreuses années. Pour tous ceux qui sont intéressés par une synthèse de ces recherches, je recommande le livre de Fernand Gobet, Professeur à l'Université de Liverpool, « The psychologie of Chess ».








