Entrevue avec Benjamin Defromont (1)
06/07/2025
Jean Olivier Leconte - Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Benjamin Defromont - Je m'appelle Benjamin, j'ai 22 ans, je suis maître international. J'exerce en tant qu'entraîneur d'échecs en parallèle de mes études, et je m'intéresse également à l'arbitrage et à la composition et la résolution de problèmes. À tous les aspects du jeu d'échecs, en somme !
JOL - Qu'est-ce qui t'a inspiré à choisir ce sujet de mémoire sur François-André Danican Philidor et ses idées échiquéennes ?
BD - À vrai dire, je n'en sais rien ! J'avais déjà travaillé sur Philidor dans le cadre de mon prix d'histoire de la musique au C.R.R. de Lille (NDA : CRR - Conservatoire à Rayonnement Régional), et j'imagine que j'ai voulu approfondir quelque peu mes recherches. Quant à ce qui m'a amené à Philidor en premier lieu… mais ce n'est sans doute pas si fréquent de tomber sur un joueur et un théoricien des échecs de premier plan, qui occupe également une place de choix dans l'histoire de l'opéra français !
JOL - Peux-tu nous parler du processus de recherche que tu as suivi pour ce mémoire ? Quelles ont été tes principales sources d'information ?
BD - Comme c'est presque toujours le cas en sciences humaines, la plus grande partie de mon travail a consisté en l'établissement et à la lecture d'une bibliographie. En outre, puisque mon sujet était avant tout axé sur l'histoire, je me suis fréquemment rendu aux archives de Paris, pour y consulter des documents d'époque. J'ai été le premier surpris de voir que je pouvais passer des heures dans les minutes [sic] de notaire !
François-André Danican Philidor, Portrait gravé (1772) par Augustin de Saint-Aubin d'après Charles-Nicolas Cochin.
JOL - En quoi les contributions de Philidor aux échecs et à la musique sont-elles toujours pertinentes aujourd'hui, selon toi ?
BD - En ce qui concerne les échecs, je dirais que la réponse est simple : c'est Philidor le premier qui a compris l'importance d'avoir un objectif stratégique à long-terme. Si la construction d'un plan nous semble aujourd'hui évidente (pas dans mes propres parties, malheureusement), c'est en quelque sorte grâce à lui. Je tiens aussi à ajouter qu'il est le premier, longtemps avant l'avènement de la génération de joueurs professionnels emmenée par Steinitz et Zukertort, à avoir cherché les principes du jeu, et à avoir voulu analyser celui-ci de façon scientifique.
Pour ce qui est de la musique, les choses sont un peu plus compliquées. Le fait qu'il y ait davantage de musiciens que de joueurs d'échecs fait qu'une discipline évolue plus vite que l'autre, et comme Philidor n'a pas laissé d'écrits théoriques sur la musique, son influence n'est plus très prégnante aujourd'hui. En fait, le Drouais fait partie des nombreux compositeurs qui ont été un peu laissés de côté par les historiens, ce qui ne veut pas dire pour autant que ses œuvres ne sont pas intéressantes ! Certains livrets qu'il a mis en musique sont même très actuels. Ce n'est pas pour rien que Julie Depardieu a consacré il y a quelques années une chronique sur France Musique aux Femmes vengées, l'un des plus grands succès du compositeur.








